Afrique du Sud
Récit de voyage
15
septembre 2001 - 12 novembre 2001
SAMEDI 15 SEPTEMBRE 2001.
Départ pour L’Afrique du Sud. Avec peut-être un arrêt à
Juan de Nova, si la météo et les militaires veulent bien. 1235 miles dont les
derniers avec le fameux courant des aiguilles, redoutable lorsque les fronts
froids montent du sud. On verra bien…
7H00 C’est parti, vent très léger de Nord-Ouest. On sort
au moteur avec la marée descendante. La météo annonce 30Kts de sur et mer très
forte entre 15° et 22° Sud. On ira mouiller à Baly Bay ce soir si ça se
confirme.
11H00 Toujours au moteur. Vent très faible. Le ciel se
couvre.
15H00 Un peu de vent. On essaye le spi asymétrique. Le vent
retombe. 2,5 Kts. Le vent refuse, aller moteur !! Ou y sont les 30 Kts de
la météo ?
19H15 On mouille sur la rive ouest de Baly Bay au radar car
la nuit est noire.
Position : 15°58'510
S / 45°16'806 E
67 miles.
Tout les matins à 4H03 TU, Nous
ouvrons la radio. Sur 6216 Mhz, en BLU, le capitaine du port de Mayotte
lit le bulletin météo rédigé par Météo-France à la Réunion. Il couvre
toute la zone et donne des précisions sur le canal du Mozambique. Une heure
plus tard, c’est le Weatherfax qui nous sort une analyse des pressions atmosphériques
tout autour de l’Afrique du sud, établies par Prétoria. Compte tenu des prévis
pour les prochaines 24 heures, et plutôt que de faire une nuit entière au
moteur. Un petit mouillage tranquille nous tendait les bras. Nous ne sommes pas
à une journée près.
DIMANCHE
16 SEPTEMBRE 2001.
Nuit super calme. Bon mouillage par vent d’ouest. Ce matin
ciel bas et gris. Vent de sud. On attends la météo. Fort vent annoncé plus au
sud, régime de brise pour nous.
8H00 Départ. A la sortie de la baie on tangonne, tout
dessus, route au 263° pour passer le cap Saint-André. On file 4,5 Kts plein
vent arrière. C’est calme à bord.
12H00 On repasse tribord amure
14H00 Le vent refuse et passe plus à l’ouest.
15H00 Moteur. Vent faible de face. On devrait pouvoir ouvrir
la route vers le sud après le cap Saint-André.
18H00 Vent
SSO en forçant. On remet à la voile au 300°. Près serré. On avance
à 6 Kts
Durant pratiquement toute la durée de notre séjour à
Madagascar, tous les matins, nous
écoutions la météo. Pratiquement tout le temps, nous entendions sur la
zone : « Vent de Nord Est 15 à 20 Kts…. Etc.. ». C’était
l ‘assurance d’une navigation facile, tranquille. Nous étions persuadés
que c’était normal pour la saison, pour le printemps qui arrivait.
Depuis que nous sommes parti, plus de vent, ou alors dans le
nez !!! La route prévue ne sera donc pas suivie. Adieu l’arrêt à Juan
de Nova. Cela nous ferait redescendre trop au sud. Comme il y a un bon courant
qui descend tous le long des cotes d’Afrique, nous irons directement dedans.
Ce sera au moins ça de gagner. Un à deux nœuds de courant ne se refuse pas.
LUNDI 17 SEPTEMBRE 2001.
Ca a bien marché toute la nuit. On n'ira pas à Juan de Nova
trop au sud maintenant.
7H00 Le vent adonne vers le sud en faiblissant. Route au 250°
à 4 Kts, mer belle. Si ça continue, on prendra le courant des cotes africaines
demain.
8H30 Le point :
15°34'647 S / 43°29’22 E
- 115
miles
Vent SSO 10/15 Kts. Route au 280° en moyenne. On attends les
cotes africaines pour descendre. Toute la journée et la nuit avec vent faible
de OSO. On fait route toujours au 290°/290°.
Heureusement
que nous n’avons pas insisté pour continuer au sud. Le vent a continuer de
souffler du sud, et Mérovée n’est pas un coursier qui aime particulièrement
le vent « d’bout ». Par mer plate il tiens entre 45° et 50° du
vent, mais dès qu’il y a un peu trop de clapot, on part vite vers les 60° du
vent. La vie est un choix, nous avons choisi le confort à bord face aux
performances. Et nous ne le regrettons pas. Depuis notre départ nous avons fais
plus de 95% de notre route au portant. Alors quand se présente un peu de vent
de face, on accepte sans (trop) faire du nez.
MARDI 18 SEPTEMBRE 2001.
6H00 Le vent tombe complètement. Mer d’huile. Moteur cap
au 240° pour essayer d’attraper le courant. On est à 70 miles des cotes du
Mozambique.
8H30 Le point :
15°15'251 S / 41°45'927 E
- 108
miles.
11H00 Le vent adonne 10/15 Kts au ONO. On peut faire route au
195°. C’est mieux.
12H00 Ca ne dure pas. Le vent refuse. On vire au 300°
16H00 Le vent adonne. Route au 235° à 6/7 Kts c’est bien.
Et ça continue….. Du coup, ya pas grand chose à
raconter…
MERCREDI 19 SEPTEMBRE 2001.
Le vent est tombé pendant la nuit. Ce matin on est au
moteur…. Depuis 6H00. Ras le bol. La météo annonce encore du Sud. On pense
à faire un stop sur la cote. On est à 26 miles d’un mouillage possible.
CHANGEMENT D’HEURE : GMT – 2
Les heures du livre de bord sont toujours en heure locale.
Une seule pendule à bord marque l’heure TU (temps universel) pour les réceptions
de bulletins météo à la radio dont les horaires sont toujours donnés en
heure TU, sur tous les documents officiels.
7H30 Le point :
16°12'336 S / 40°20'229 E
- 119
miles
9H30 La cote du Mozambique en vue à 13 miles. Toujours au
moteur, mer d’huile.
12H40
On mouille derrière l’îlot Mafamede. 16°20'879 S / 40°01'695 E
- 20
miles.
On attend que le vent tourne… et souffle …
366 miles en ligne droite depuis Majunga pour 471 miles sur
le fond.
Encore un petit coin sympa. Et tant qu’à stopper le
moteur, autant que ce soit pour se reposer puisqu’il n’y a pas de vent. Nous
choisissons de nous mettre à l’abri… de quoi ? Ya pas de vent, juste
un petit peu de houle du sud. Nous sommes au Nord de l’îlot. Si le
vent du sud se lève, nous serons à l’abri pour attendre qu’il
tourne.
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2001.
Nuit tranquille, ça fait du bien. Juste un peu de roulis à
marée haute. On attend la météo.
On annonce : Vent SSO variable. !!!!! On y va.
Courant plus un peu de moteur, on descend à 5Kts. On en profite.
11H00 Le vent se lève, on tiens le 230° à 5 Kts, c’est
bon.
16H00 On prend un ris + 2 tour de génois. Route au 225°
18H00 2 ris, 1/3 de génois, toujours sur la route.
Notre plus belle journée de voile depuis Majunga. Enfin du
vent, bonheur !
VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2001.
3H00 Plus de vent, on roule le génois, GV bordé plat,
moteur !
6H00 Vent léger du 220° !!! Ciel gris.
6H30 Le point : 17°42'352 S / 38°34'027 E
- 119 miles.
9H00 On croise le porte container LINEA-MESSINA. On discute météo
pendant 5 minutes avec le capitaine. Toujours vent nul. Moteur avec 1 Kts de
courant.
18H00 Tout arrive ! Le courant et le vent. Total on file
7 Kts et sur la route.
22H00 Le vent adonne, tout dessus, 8 Kts sur la route.
« Y en a, y en n’a plus… » C’est quand même
bizarre.
Le confort à bord est
très agréable. Mérovée est calme sur l’eau comme au mouillage le
mieux abrité. Les enfants travaillent un peu le matin. La lecture deviens leur
passe-temps favori . Ils n’arrêtent plus. Ils avalent quelquefois un roman en
deux jours. Elle est loin la télé…
Coté cuisine, c’est le bonheur. Nous n’avons que ça à
faire. Cuisiner, manger dormir. Dans les premiers jours de cette traversée,
nous avons pêché un Tazar qui nous a fait 4 repas, et bien garni encore !
Nous ne croisons pas beaucoup de cargo. Celui là est
italien, et le capitaine avait l’air sympa. Nous avons discuté, échangé des
infos météo, parlé de nos destinations, des problèmes de discipline avec
l’équipage…
« Marine ! Ne me
frappe pas, Je rigole. »
SAMEDI 22 SEPTEMBRE 2001.
6H00 toujours sur la route, vent faible.
5 Kts sur la route.
6H30 Le point :
19°44'990 S / 37°02'301 E
- 151
miles
8H00 Ca y est, le vent est tombé : Moteur !!!
J’ai envie de vous mettre un fichier « son »
avec le bruit d’un moteur diesel…..
Nous garderons la « risée Yanmar » pendant 30
heures….
DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2001.
Idem toute la nuit, Tout le coin est sans vent. On avance à
6/7 Kts moteur + courant.
6H30 Le point :
21°57'522 S / 35°49'444 E
- 149
miles
8H30 Petit souffle
d’est. On met le génois et on gagne 0,5 Kts !!!! On est toujours
au moteur. On a entendu Pass’ Dej à la radio ce matin. Ils sont scotchés à
200 miles au nord. Pas de vent et pas assez de gas-oil…
14H00 On n’ose pas y croire. Un peu de vent d’est. On
remet les voiles ?. Total avec le courant 6 Kts, ouf !
18H00 On tangonne, vent ENE. C’est limite mais ça tiens.
On garde la même vitesse mais en plus stable.
Nous avons fait beaucoup de rencontre durant notre séjour à
Madagascar. Pass’Dej est un voilier de 11 mètres immatriculé à Gibraltar.
Jean-Pierre et Uschi sont belges, et naviguent depuis près de 10 ans. Nous
avons sympathisé, bu de bons coups, partagé de bons moments autour d’une
bonne table, et raconté des histoires belges… Ils sont partis pratiquement en
même temps que nous de Majunga.
Nous avons la chance d’avoir un peu plus de 500 litres de
Gas-oil dans la quille. C’est pratique pour se sortir d’une zone sans
vent… Et aussi pour faire les pleins là ou le gas-oil est moins cher. Exemple
à Madagascar, nous l’avons eu à 2,02 FF le litre.
LUNDI 24 SEPTEMBRE 2001.
03H00 Moteur, plus de vent…..
06H00 Léger souffle on tangonne, ça avance à 5/6 Kts grâce
au courant.
06H30 Le point :
24°30'215 S / 35°27'697 E
- 157
miles
9H30 On change d’amure, car le vent passe franchement Nord,
faible 5/10 Kts.
14H00 On réduit la GV à 2 ris et ½ génois, le vent force
toujours. On file à 7 Kts en moyenne plein vent arrière.
C’est à partir de là, que nous commençons à faire
quelques erreurs de jugement en ce qui concerne la météo. Ca fait tellement
longtemps que le vent manque, que nous
ne remarquons pas qu’il force en tournant au Nord, que l’atmosphère
est devenu extrêmement humide et très brumeuse, que le baromètre vient de
chuter de 8 milibarres en une demi-journée. Ne serait-ce pas l’imminence
d’un front froid…. Mais non, mais non ! Ah ! J’oubliais: la
carte météo de ce matin nous plaçait un tout petit, mais alors vraiment un
tout petit front au sud-ouest de l’Afrique. Alors ?
Cela, cher lecteur, vous le saurez en lisant le prochain épisode de nos
aventures….
MARDI 25 SEPTEMBRE 2001.
5H30 Moteur, le vent est tombé !
6H30 Le point 26°25'939
S / 33°42'900 E
- 151
miles
8H30 La carte météo n’est pas bonne, un petit front froid
nous arrive dessus. Vent du sud 10/15 Kts, ciel bas et chargé, très gris. On décide
d’aller de protéger dans la baie de Maputo à 50 miles dans le 314°. On vire
à 26°30'346 S / 33°35'903 E
9H00 Ca force d’un coup, on viens de passer à 25/30 Kts de
sud, plus dans les rafales. On file 8 Kts sous 3 ris et Trinquette seule. Je
prends la barre,
la pilote à trop de mal. Mer forte, vagues courtes.
14H15 On passe Cabo Inhaca. La mer se calme.
17H20
On mouille derrière Ilha Da Inhaca dans 4 mètres d’eau. Clapot de face mais
ça ne bouge pas. Position : 26°00'911 S / 32°54'112 E
- 70
Miles
Alors ?
« Et ben si, que s’en était un d’front froid ! »
Et bien pas nous ! Nous on n'a rien vu!
Faut dire que depuis 3 mois nous ne parlons pratiquement que
de ça entre voileux. Tout ceux qui doivent se rendre en Afrique du Sud
craignent les fronts froids, qui
rencontrent le courant des aiguilles le long des cotes africaine. Alors
tout le monde y va de sa théorie. Qui passera par le Nord, pour ensuite longer
la cote, tel autre descendra la cote malgache pour traverser le plus sud
possible… 10 navigateurs, 10 avis différents. C’est vrai que les
instructions nautiques ne sont pas réjouissantes. Vagues monstrueuses de près
de 20 mètres en certains endroits, vent à plus de 40 nœuds face à un courant
atteignant parfois 5 nœuds, ça fait réfléchir. Enfin ça, c’est pour les
pires moments du plus fort du plus mauvais hiver… Mais c’est ce qu’on
retient !
Nous nous sommes laissés endormir par les jours de calme précédent,
et nous n’avons pas été assez vigilant sur tout les signes annonciateurs de
ce front. Heureusement, il était faible. Passé les premiers moment de déroutement,
nous avons « géré » la crise dans la bonne humeur. Autre
constatation, tout le monde est amariné. Plus personne de malade, au-dedans
comme au dehors. C’est génial.
Il n’était pas trop tard pour aller se protéger dans la
baie de Maputo. Nous en étions à 50 miles et la route nous plaçait au vent de
travers. Un
vent sud de force 7 environ c’est levé en moins d’une heure, la mer
à grossit 2
heures après environ. Une mer très courte, très hachée, typique de vent
contre courant, avec des belles pyramides d’eau de 4 à 5 mètres.
Heureusement, c’est là que
le courant est le moins fort. Il se dilue un peu dans toute la largeur de
la baie de Maputo après le cap Beïra.
8 heures de barre plus tard, nous étions à l’abri derrière
Ilha Da Inhaca. Cette baie est parsemée de bancs de sable et les cartes ne sont
pas précises. Alors les yeux rivés au sondeur nous avons slalomés pendant 3
heures avant de mouiller. En quittant la Réunion, nous nous étions offert un
sonar. C’est un sondeur « qui voit devant », dessinant sur un écran
le profil des fonds sur une bonne distance en AVANT du bateau. J’avais un peu
peur d’avoir acheté un gadget, et bien c’est génial. Là, nous avons
vraiment apprécié sa précision.
Le soir au mouillage, bien à l’abri alors que le vent
siffle dans les haubans, un ti-punch dans la main, nous étions comblés et
repus par cette (belle?) journée de navigation … soutenue.
MERCREDI 26 SEPTEMBRE 2001.
8H30 La carte météo annonce un nouveau front. La radio
confirme un avis de tempête imminent. On reste ici aujourd’hui.
Ce matin la météo, et le fax nous annonce encore un avis de
tempête pour dans deux jours. Nous sommes à 200 miles de Richard’Bay. Et
aujourd’hui le vent souffle encore du Sud. Nous serons encore là combien de
temps ? En attendant nous prenons notre mal en patience. Les enfants en
profite pour travailler. Mérovée est bien calme aujourd’hui.
JEUDI 27 SEPTEMBRE 2001.
On ne reçoit plus la météo de Mayotte. Nous devons être
trop loin maintenant. La carte de Prétoria par contre est bonne et confirme
l’évolution du temps. Vent de nord faible, bruine. Le front passe, mais a
perdu beaucoup de sa force. Un énorme anticyclone arrive au sud de l’afrique.
Départ peut-être pour demain matin après la carte, et si le vent est bon.
17H00 Le coup de vent de sud arrive. On estime à 40 / 50 Kts.
La mer vole. On mouille une deuxième ancre, ça dérape un peu quand même.
Le matin, très optimiste, on pensait pouvoir repartir dès
le lendemain. En fait nous allons nous prendre notre plus violent coup de vent
au mouillage depuis que nous sommes parti.
VENDREDI 28 SEPTEMBRE 2001.
Nuit d’enfer. Ca roule, ça tangue, ça souffle, environ 1
mètre de clapot…. Et on est à l’abri !!!
8H00 Pas de météo, grève de météo France ! Ca
souffle moins mais encore trop pour partir.
Je découvre le croc de mouillage ouvert. Ca a vraiment du
souffler fort.
17H00 Les cartes météo sont bonnes. On prépare pour demain
matin.
Nous n’avons jamais passé une nuit aussi agitée. Pire
qu’en mer. Le vent violent et les forts courants qui sévissent dans cette
baie nous ont usés. Je pense que nous avons fini par dormir vers 4 heures du
matin. Tanguy
n’a pas été gêné le moins du monde. Il a dormi comme un loir
Incroyable.
Le crochet de mouillage que j’utilise depuis plus de 10 ans
pour retenir ma chaîne, a cassé, incroyable ! Les mouvements de rappel
sur la chaîne n’étaient pas brutaux. C’est donc uniquement sous l’effort
de la traction qu’il a cédé.
Heureusement, j’ai toujours eu l’habitude de ne jamais laisser ma chaîne
sur le guindeau. Je fais toujours deux demi-clefs au taquet. C’est plus sur.
Mon ancre principale est une Britanny de 30 Kg avec un maximum de 80 mètres de
chaîne, et en second j’utilise une Danfort de 25 Kg, montée en mixte :
15 mètres de chaine et 100 mètres de cablot.
La CQR pour laquelle j’avais une prédilection avant de vraiment
naviguer, est au fond de la soute à voile….
SAMEDI 29 SEPTEMBRE 2001.
05H30 C’est parti. On quitte la baie. Moteur car vent
pratiquement nul tendance sud.
06H00 Météo France en grève !
07H00 Heureusement les Sud’Aff bossent. La carte est bonne.
On continue.
11H00 Mer d’huile, moteur. 5 Kts au 185°
14H00 Le vent s’établit à l’est. 10/15 Kts. Avec le
courant on avance à 6/7 Kts en moyenne. Grand soleil, mer belle.
16H00 On croise un banc de baleines. Elles soufflent et
sautent, c’est la fête chez les baleines.
17H00 1 ris dans la GV pour équilibrer le bateau.
22H00 Boum, c’est le vent qui tombe : moteur.
Nous serions bien partis la veille au soir, mais la nuit précédente
avait été tellement catastrophique, que nous avons voté pour une nuit complète
et calme, enfin !
La journée de navigation sera conforme à ce que nous
rencontrons depuis notre départ de Madagascar, à savoir voile et moteur. Ce
coin me fait penser à la Méditerranée, c’est soit avec 3 ris dans la
grand-voile, ou au moteur dans la pétole….
DIMANCHE 30 SEPTEMBRE 2001.
5H30 Le point : 28°10'004 S / 32°37'320 E
- 150
miles
6H00 Météo France toujours en grève…. Ce matin, vent
nul, mer d’huile, ciel bas et gris.
7H30 La carte météo du fax est bonne. Nous sommes au cœur
d’un anticyclone. Un front froid arrive à l’ouest de L’Afrique.
10H30 Le vent se lève par le Nord. On tangonne. Sur la route
à 7 Kts avec le courant. Le bateau est mal équilibré, je suis obligé de barré.
13H45 Pointes à 10 Kts !!! Courant + vent assez fort.
Richard’s bay port control nous confirme une bonne météo pour Durban, 30 à
35 Kts de nord, Pas de front froid, pas d’avis de tempête.
17H00 3 ris trinquette, 1/3 de génois, ça bourre à 9 Kts.
Toujours à la barre.
21H00 On change d’amure.
23H00 On roule génois, on reste sous «3 ris, trinquette.
Moyenne à 7 Kts, pointe à 8, ça suffira !
Nous aurons fini sur les chapeaux de roues. Le vent a commencé
à forcer vers midi. Parce que nous avions hâte d’arriver, et aussi un peu
par plaisir, on a gardé la toile maximum le plus longtemps possible. Ca a été
une après-midi très sympa. Le soir, un peu moins. Pas moyen de
correctement équilibrer le bateau, le vent très fort de l’arrière, des
vagues assez grosses et un peu croisées ne nous permettaient pas de laisser le
pilote électrique barrer. Alors je m’y suis collé… Tanguy m’a un peu
remplacé, et il se débrouillait fort bien, pourtant ce n’était pas évident.
Un mot sur les gamins. Chaque jour ils nous étonnent. La
partie navigation de notre voyage n’est pas forcément la plus agréable pour
eux. Et bien ils sont super. Tanguy adore le gros temps, manœuvrer le tangon, réduire
la toile lui procure un immense plaisir. Marine plus craintive dans ces
conditions un peu dure cherche à nous aider dans la vie du bord. Elle adore
faire la cuisine. Souvent au réveil, le café et les pan cakes sont déjà près…
Elle est pas belle le vie ?
LUNDI 31 SEPTEMBRE 2001.
2H00 On rentre dans le port, l’alignement est correct.
2H45 On ne trouve pas le quai des voiliers. On mouille après
avoir prévenu le harbour master.
9H30 On prend une place au ponton du Royal Yacht Club de
Durban. Un coup de vent du sud se lève. On est bien à l’abri.
16H00 Douanes immigration au bureau du port. Cool.
137 miles depuis hier.
- 1513
miles depuis Majunga en 17 jours*
- 3004
miles depuis La Réunion
(* compris 1 nuit
à Baly Baie, 1 nuit à Mafamède, 3 jours à Maputo)
Depuis longtemps, et suite à des aventures peu glorieuses, nous évitons
les entrées de nuit. Là, pas vraiment moyen de l’éviter. Durban est un très
gros port commercial, et l’entrée, même si on est toujours un peu perdu par
les quantités de lumière parmi lesquelles il faut trier la petite rouge qui
clignote et la
grosse blanche qui scintille, n’est pas trop compliquée. Précisons quand même
que le GPS facilite grandement les positionnements d’approche.
C’est une fois à l’intérieur
du port que nous nous sommes perdu …. Faut l’faire !!! Alors après
avoir tourné trois quart d’heure, éviter plusieurs fois l’échouage, on a
mouillé. Faut pas avoir honte. Au réveil, nous étions a 200 mètres des
pontons. Nous n’avions rien vu !
Un petit mot sur l’accueil :
parfait. Le
royal Yacht Club : Royal. Les douanes et le port, c’est le club qui
s’en occupe. L’immigration : 3 mois de visa en 5 minutes et
gratuitement. Ca change des 400 FF par passeport à Madagascar.
LUNDI
1 OCTOBRE 2001
Drôle d’impression que de se réveiller en plein cœur
d’une cité de plus de 3 millions d’habitants ! Fini le glissement de
l’eau sur la coque, ou le claquement
des vagues lorsque ça souffle. Place au sourd bourdonnement d’une
grande cité, au hurlement des sirènes de police, au fracas du train qui longe
les quais du port commercial. Et pourtant nous sommes heureux. Ce n’est pas
tant le plaisir d’avoir retrouvé la civilisation à l’occidentale, mais
plutôt d’être enfin débarrassé de l’angoisse de ce maudit courant des
aiguilles et de ses fronts froids. Et pourtant, ce n'est pas fini !
Après des formalités d’entrée étonnamment vite expédiées,
nous remplissons les formulaires de douanes
que la secrétaire de la marina faxera aux douaniers. L’officier
d’immigration se déplacera jusqu’au bureau de la marina, nous octroiera 3
mois de visas (gratuit) et repartira au bout de 5 minutes… Ca y est nous
sommes libres !
Coup de téléphone à nos amis Glynn et Lee que nous avions
rencontrés aux Chagos en avril 96. Il sont là, habitent toujours à environ
une demi-heure de Durban. Ils sont disponibles, et sautent dans leur voiture
pour venir nous retrouver. C’est vraiment sympa de se revoir. En 5 ans nous
avons tous changé, ( vieilli ? ) Mais les souvenirs reviennent vite et
nous passons avec eux une superbe journée.
Glynn, travaille dans le port de Durban. Il a une petite
entreprise qui répare, transforme, améliore ou entretien les bateaux, qu’ils
soient à voiles ou à moteur. Ca tombe bien ! J’ai une liste de travaux
impressionnante. Depuis La Réunion, de nombreux problèmes sont survenus, électriques,
mécaniques et aussi de confort, la liste est longue. Le plus difficile dans une
ville qu’on ne connaît pas est de trouver le bon fournisseur, au meilleur
prix. La, Glynn va m’être d’un secours inestimable. En une journée et
demi, j’aurai tout le matériel nécessaire à mes réparations. Huit jours
complets de bricolage avant de vraiment goûter au tourisme local.
Pour ceux que cela intéresse, j’ai donc installé un
nouveau radar furuno (En changeant le radôme, les échelons de mat ont cédés…
Allez, on change les rivets !) , un breaker de 135 ampères pour le
guindeau, une batterie deep-cycle toute neuve pour l’inverter, une nouvelle
pompe à eau pour l’évier de la cuisine. Mettre du neuf à la place du vieux,
c’est facile. Coté travaux, je fabrique une nouvelle housse de grand voile,
un canevas pour fermer la timonerie pour être à l’abri de la pluie au vent
arrière. Je change également le liquide du compas. Du white-spirit fait
parfaitement l’affaire, en tout cas aussi bien qu’un liquide spécial à 600
FF le litre ! Coté intervention extérieure, je fais réparer le
weather-fax, l’électricité du moteur, il y a longtemps que je n’avais plus
de compte tour, d’alarme d’huile et d’horamètre. Ce n’était pas très
prudent. Et puis pour finir, nous ferons re-galvaniser la chaîne d’ancre. On
rajoute à cela quelques retouches de peinture sur les inévitables traces de
rouille de tout bon bateau en acier qui se respecte et la semaine de travaux se
termine. Ouf !
Place au tourisme. Nos amis nous amènerons camper dans les
contreforts du Drakkensberg. Superbe ! Mais froid. Très froid, surtout
pour nous qui arrivons des tropiques. Car même si nous n’en sommes pas très
loin, la température a quand même bigrement chutée. Une bonne marche dans une
superbe vallée nous réchauffe, et la nuit est oubliée.
Nous louerons une voiture pour nous rendre dans le nord de la
Région. Nous irons d’abord faire un petit tour à Richard’s Bay ou nous espérons
retrouver des voiliers rencontrés à Madagascar et partis en même temps
que nous. Richard’s Bay, ceux qui suivent les routes des "tourdumondistes"
dans le coin connaissent, au moins de nom. Nous avons eu du mal à trouver, nous
ne sommes pas habitués aux navigations autoroutières… Une fois sur place, et
après avoir digéré la déception d’avoir été chassé du Zoulou Yacht club
car il n’accepte que les « members », nous sommes allés dans le
petit port municipal de Tuzzi-Guzzi. Accès libre, donc bon accueil… Le port
est entouré d’un centre commercial assez récent et ….rien d’autre. La
ville est à au moins 20 minutes de voiture. Coté voilier amis, rien.
Pass’Dej, un voilier belge avec Jean-Pierre et Uschi à son bord ont quitté
Majunga le même jour que nous., et nous sommes arrivés depuis presque 15
jours. C’est inquiétant, mais comme nous n’avons pas eu le temps de savoir
s’ils étaient
au Zoulou Yacht Club, on garde un espoir.
Nous devons repasser demain soir en revenant de la réserve.
Umfolosi Game Park. 100 000 hectares, 45 kms de piste et
plein d’animaux. Dès le lever du soleil on pénètre dans le parc. C’est
parti pour l’aventure africaine, la
savane et ses mystères…. ???? ….. ????
Tout au long de la piste goudronnée et très carrossable,
nous croiserons des girafes, des gazelles, des zèbres, des gnous, des
antilopes, et surtout des rhinocéros. Beaucoup de rhinocéros, c’est paraît-il
la spécialité du parc. On croisera même, à moins d’un mettre du pare-choc
de la voiture de laquelle nous n’avions pas le droit de descendre, un bébé
rhino et sa maman un peu inquiète, mais pas tant que Marine.
Nous avons beaucoup apprécié cette journée. Nous ne connaissions ces
animaux que dans les zoo ou dans les cirques. Devoir les chercher, même si
c’est dans des conditions très touristiques, les voir évoluer
dans leur habitat naturel, change complètement l’approche. Et puis
nous ne sommes jamais sur de tout voir. Par exemple, nous n’avons pas vu un
seul éléphant… Pourtant ils sont assez gros !
Retour à Richard’s Bay. Nos amis de Pass’Dej ne sont pas
là. Pas plus que Le Rebelle avec Lionel et Yamilé, ils sont partis de Mayotte
et ne devraient pas être loin non plus. Dans le monde marin, on ne s’affole
pas vite. Il y a tellement de raison pour prendre du retard…. Nous décidons
donc de passer la soirée au restaurant. Les enfants ont froids et veulent se
mettre à l’intérieur, près de la baie qui donne sur le port et, nous le
saurons après, sur le chemin qui mène des douches aux pontons….
Et qui voyons nous surgir devant la vitre ? Notre ami
Jean-Pierre de Pass’Dej, rouge écarlate du bronzage belge, le cheveu en
bataille et l’air hagard du navigateur qui remet enfin les pieds sur terre.
Nous apprendrons en dégustant un énorme T-Bone steack qu’ils viennent juste
d’arriver, qu’ils ont eu des fronts froids, mais aussi une panne moteur qui
les a bloqués 8 jours dans la baie de Bazzaruto au Mozambique. Ils ont quitté
Majunga il y a un mois… Des soirées comme ça sont inoubliables. Nous nous
quittons tard dans la nuit. En voiture, et direction Durban.
Les travaux sont finis. Il est temps de songer à reprendre
la mer, donc de s’intéresser à la météo. Les prévis ne sont pas
excellentes. Les fronts froids ce succèdent, et il faut attendre un anticyclone
pour partir. La distance qui nous sépare de Port Elisabeth est de 400 miles.
Avec le courant on peut espérer couvrir cette distance en 3 jours, oui oui !
Même Mérovée !!!
Vendredi 19 octobre
VENDREDI
29 OCTOBRE 2001
les formalités de départ. Et la, surprise ! Autant
l’arrivée a été cool, autant le départ sera laborieux, compliqué et
pointilleux. La secrétaire du club s’excuse, mais n’y peut rien, il faut
que je me lance dans un tour de la ville, en taxi, pour successivement visiter
le capitaine du port, les douanes, l’immigration et enfin retour au capitaine
du port qui signera la fameuse clearance.
Au total 2 heures
de
formalités pour faire
800 km dans le même pays ! Bravo la logique de l’administration !
Allez on oublie vite.
SAMEDI
20 OCTOVRE 2001
7H00, le vent a légèrement tourné sud-est. Le baro
remonte, il pleut, il fait gris, mais il paraît qu’il faut y aller. Mais qui
a appeler ça la plaisance ?
Nous nous traînons sans vent, face au courant jusqu’à
midi. La vitesse oscille entre 3 et 4 nœuds, pas terrible. A ce rythme la, on
va mettre 8 jours et se reprendre un front froid.
Le premier port de repli est East-London à 250 miles…. Et puis, tout
doucement, le ciel s’éclairci, le vent tourne de plus en plus à l’est,
force. Nous entrons doucement dans la veine du courant des aiguilles et Taïaut…
ca file d’un coup à plus de 8 nœuds. Et ça va durer comme ça jusqu'à
l’arrivée.. Je termine la dernière journée à la barre dans Algoa Bay
devant Port Elisabeth, avec une mer de l’arrière un peu grosse, mais des
pointes à plus de 11 nœuds. Mérovée se prend pour un coursier. Bilan, 405
miles en 53 heures. 7,64 nœuds de moyenne et le record du bateau en 24 heures :
201 miles. Pfffff…
Nous aurons
quand même payé cette folle chevauchée de la perte de l’éolienne.
Les pales n’ont pas résistées à la force des éléments… Lorsque j’ai
voulu l’arrêter en la retournant, les pales sont parties à l’eau. Il
faisait nuit, mais j’ai quand même bien apprécié le fait qu’elles aient
eu la gentillesse de m’épargner.
Nous rentrons dans Port Elisabeth avec 35 nœuds portant. Il
y a de la place au ponton, super. Accueil merveilleux de gentillesse, tous le
monde est aux petits soins pour nous. Il est 17h00 ca a été une belle journée.
Le lendemain matin, nous retrouvons nos amis Lionel et Yamilé du Rebelle. Il
sont arrivés à 3 heures du matin, ont traversés Algoa Bay sous des rafales à
plus de 45 nœuds, ont pris des déferlantes dans le cockpit, et jusque dans le
carré…. Mais ce matin ils sont là, juste a coté de nous. Marine qui est
ravie de retrouver Hélène, la fille de Yamilé, prépare du pain grillé et du
café, et leur dépose le tout sur la table du carré. Leur réveil sera doux.
Nous changeons l’éolienne
amputée par une nouvelle. Il y a ici un revendeur Air-Marine. Nous nous
retrouvons donc avec une nouvelle usine à décibels et à ampères, et
dans le même lot, le brave commerçant me répare mon panneau solaire déficient
depuis bien longtemps. Il y a des jours comme ça ou tout va bien.
Rajoutons à ce bonheur
Adoo Elephant Park, ou nous avons circulé parmi les éléphants toute la
journée. Ou nous avons croisé des troupeaux entiers avec leurs petits, des
vieux mâles solitaires, tout cela à 1 heure de voiture de la marina.
Mais bon, toute bonne chose doit avoir une fin, et comme
d’autre part Port Elisabeth, ville industrielle de 1,5 millions d’habitants
n’a pas beaucoup d’attraits, il est temps de partir…..
….. /…..
Y
fait pas beau ! Il pleut, y a un putain d’orage qui claque… Ca fait 8
jours qu’on est bloqué là par une dépression centrée sur le sud de
l’afrique. Ce matin en descendant du cyber-café d’ou j’envoyais mes
derniers messages, je pensais vraiment qu’on allait partir dans l’après
midi, et puis le baromètre a chuter d’un seul coup, le vent est passé au
sud-ouest et voilà, c’est foutu, on est là pour au moins encore 2 ou 3
jours.
…../…..
Tiens,
je vais en profiter pour vous parler de nos sentiments envers l’Afrique du
Sud. On ne peut pas se promener ici, et feindre d’oublier ce qui s’y est
passé il y a si peu de temps. En premier lieu, nous avons été frappé par la
gentillesse, l’amabilité et la serviabilité de tous les gens que nous avons
croisé. Que ce soit dans l’administration, dans les commerces ou tout
simplement dans les rencontres fortuites dans les rues ou sur la route. Ne
parlons pas de l’accueil dans les yacht club : géant. Alors ?
Je
n’ai pas connu l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid, mais il ne doit
pas y avoir grande différence visuellement. Si un lieu est investi par une
communauté, il est pratiquement ignorée par l’autre. Ca se décide par
rapport au niveau financier et social de l’endroit. Hormis en ce qui concerne
les grands centres commerciaux, il n’y a pratiquement pas de mélange. Ajoute
à ça une paranoïa incroyable vis à vis de la criminalité, qui conduit les
gens à s’hyper protéger : Triple cadenas de sécurité sur les
voitures, plus gardien de voitures dans les rues pour les surveiller. . Le
ponton est fermé par une grille, et surveillé par un gardien.
Tous les commerces sont protégés par une grille en fer, ouverte à la
demande pour chaque client. Si ta tête n’est pas la bonne ? devine ?
Alors en fait, le blanc peut aller partout, le noir propre et bien sur lui aussi
je pense (j’en suis pas sur), mais le black un peu crade, ouste, du vent.
C’est vrai que la criminalité est forte, mais plutôt que de
s’enfermer dans une protection à outrance, il y aurait sûrement mieux à
faire sur le plan social pour les défavorisés. Surveiller un peu plus les
frontières aussi, car l’immigration clandestine est forte, et
génère au moins les trois quarts de la violence.
En
descendant vers le sud, il semblerait que cette paranoïa se calme, tout du
moins dans les actes, car dans les têtes, les gens (les blancs) sont tous morts
de trouille. Seule Cape Town échapperait à cette psychose… Nous attendons
pour voir.
Nous
étions dans le quartier du port, marina oblige. Alors là, c’est le top.
Ambiance western avec la police et parano au maximum. Mais c’est le cas dans
tous les ports des grandes villes du monde.
Quand
on se balade dans les villes ou dans les banlieues, on se croirait aux
Etats-Unis. Même architecture. Il n’y a que les townships qui diffèrent. Et
là c’est vraiment le choc, toutes ces petites cabanes en bois et torchis, posées
cote à cote dans d’immenses plaines poussiéreuses. Aucune tentation d’amélioration
de l’environnement, pas une fleur, pas un brin d’herbe, c’est désolant.
On voit des fils électriques, mais il n’y a pas d’eau. Lorsqu’on traverse
ces zones le matin,des centaines de jeunes écoliers, en uniforme british, vont
à l’école. Il est là l’espoir de ce pays.
…../……
Plus
de 40 Nœuds cette nuit, heureusement qu’on n’est pas parti ! Et la
carte ce matin n’est pas parfaite. Toujours cette dépression au sud. Il nous
faut minimum 36 heures pour filer
sur Mossel Bay à 200 miles d’ici.
Jeudi 1er novembre
La météo semble bonne. Le baromètre
remonte. Le vent tourne doucement au sud-est, et les cartes ne sont pas trop
inquiétantes, sans être pour autant réjouissantes, ça devrait aller. Un
petit coup de fil à un prévisionniste nous confirme que le front froid ne
devrait être là que demain en fin d’après-midi…..
Nous réveillons nos voisins du Rebelle car la soirée à été
longue. Hier soir c’était la fête d’Halloween au bar du club. C’est
marrant, c’est toujours la veille d’un départ qu’il y a des fêtes !
Ils sont OK, nous quittons ensemble Port Elisabeth à 11H00. C’est un peu
tard, mais tant pis.
Tiens, il n’y a plus de formalités de départ ici. Juste
un appel au Port Control et c’est tout. Tant mieux.
Moteur pour tourner le cape Récife, et tout dessus ensuite,
cap au 270, direction Mossel Bay. Le vent est Est-Nord-Est 15 nœuds environ.
C’est parfait. Et puis il force d’abord doucement, puis de plus en plus….
Il continue de tourner Nord…. L’air devient humide…. A minuit, lorsque je
passe le quart à Nicole, le vent est tombé. Il y a de la brume…. On poursuit
au moteur.
Il est 7 heures. Marine qui est de quart maintenant, me réveille :
« Papa, y fait pas beau, on voit rien et le vent se lève devant nous ! »
. Ah ! je l ‘attendais celle là. A 8H00, le vent souffle à
30 nœuds dans le nez, et il reste 70 miles pour Mossel bay. Après un
court échange par VHF avec le Rebelle qui est a moins de 3 miles de nous, nous
décidons d’aller nous abriter dans Plettenberg Bay à seulement 10 miles dans
le Nord Ouest, donc au près bon plein. Il est 11 heures lorsque nous mouillons
devant la plage ou des phoques viennent nous saluer.
Le vent restera stable en force et direction jusque tard dans
la nuit. Au petit matin, grand ciel bleu. Vent nul. Le baromètre ne bouge pas
mais …. C’est bien tentant. Avant de prendre une décision, nous réparons
le génois du Rebelle qui n’a pas aimé les rafales d’hier. Il est
maintenant midi. Il fait de plus en plus beau et chaud…
Aller on y va. Si ça se dégrade on fera demi-tour. Et bien
c’est resté comme ça toute la journée. Oh, une journée passionnante, 12
heures de moteur sur une mer d’huile. Nous rentrons à Mossel Bay à 22
heures. La mer est un miroir. Tant pis pour la gloire de la navigation à la
voile, nous sommes bien contents d’être arrivé là. Petit apéro sur le
Rebelle ou nous nous remémorons nos angoisses lorsque le ciel se noircissait,
surtout à l’ouest….Et au lit.
Mossel Bay est une charmante
petite ville découverte par Batholomeu Dias en 1488.
Nous sommes loin de l’agitation et du gigantisme de Durban. Tout y est
calme, tranquille. Le port comparé à ceux dans lesquels nous sommes déjà
entrés est minuscule. Un ponton pour voilier offre seulement une quarantaine de
place. Le reste du port est occupé par des petits bateaux de pêches. Avec les
mouettes et les goëlants, on se croirait presque en Bretagne, sauf que plus au
sud, c’est …. Le grand Sud, les vents déments, les glaces….
Nous sommes mardi 6 novembre.
Nous avons loué une voiture pour quatre jours. Direction le Nord Est, vers
Wilderness, puis Knyna. Knyna est un petit port à 40 miles de Mossel Bay. Nous
sommes passés devant en hésitant à y rentrer. Bien nous en a pris. L’entrée
est démente. La houle brise et déferle sur les hauts fonds de la passe avec
seulement 15 nœuds de vents. Cette houle vient des grandes dépressions du sud,
et bloque le port pour souvent très longtemps. On est bien ici en voiture…..
Nous quittons le bord de mer pour
l’intérieur. Nous traverserons Prince Albert Pass, puis nous ferons un super
arrêt dans la ville du même nom dans un
Bed and Breakfeast de qualité et le soir un restaurant avec enfin des
plats typiques des fermiers Afrikaans, un régal. Nous repartons le lendemain
matin en empruntant le Swartberg Pass, donné comme le plus beau d’Afrique du
Sud. Une balade merveilleuse, étonnante et réellement dépaysante. Nous étions
loin d’imaginer l’Afrique comme ça, même celle du sud. Si vous avez des
envies de voyage je vous conseille fortement cette « Garden Route ».
Cela vaut le déplacement.
Vendredi 9, jour des 16 ans de
Tanguy, nous rentrons au bateau.
Nos copains du Rebelle sont partis. Ils ont du bénéficier de
l’anticyclone qui s’éloigne maintenant. Pour l’instant le vent souffle de
sud à plus de 30 nœuds, nous allons être patient….
SAMEDI
10 NOVEMBRE 2001
Enfin
un créneau météo qui semble favorable, elle nous prévoit même un vent
« moderate » de sud-est. Un petit tour en ville pour envoyer les
derniers e-mails. Nous payons le port, le capitaine nous confirme une bonne fenêtre
pour partir… Nous rangeons le bateau. Le départ est prévu pour demain matin.
Nous avons 245 miles d’ici à Cape Town, dont 120 pour le fameux Cap des
Aiguilles. Je préfère le passer de jour, et 120 miles en 24 heures c’est très
réalisable.
Un
petit tuyau pour ceux qui ont un bateau (qui n’a rien à voir avec le Cap…).
Nous sommes souvent en peine d’éclairage satisfaisant à bord. Le 12 volt
c’est bien, mais si on souhaite travailler, lire ou écrire longtemps,
l’intensité d’éclairage est souvent trop faible, ou alors les batteries ne
tiennent pas longtemps. Comme à
bord nous sommes équipés d’un convertisseur 12v/220v. J’ai donc
acheté ces nouvelles lampes économiques qui éclairent à 60 watts et en
consomment 12 !!!
Et bien ça marche. A l’ampèremètre, consommation de 1 ampère par ampoule.
Essayez, c’est
génial. Confort-confort, quand tu nous tiens !
Revenons
à nos moutons… Et y’en a eu sur l’eau….
Dimanche
11 novembre 2001-11-14
Réveil
tranquille à 7H00 pour un départ à 8H00.
Le
ciel est bleu, la mer est calme…. Quoiqu’un peu houleuse à la sortie du
port, mais c’est normal, il n’y a pas beaucoup d’eau. On tourne le Cap St
Blaise au moteur. Ce n’est pas long, tout juste une dizaine de miles pour éviter
les cailloux, et nous sommes sur la route, tout dessus, tangonné, au vent arrière.
Le ciel est bleu, la mer est calme…. Mais ça commence un peu à forcer. Il
faut réduire. Notre pilote électrique n’aime pas trop que Mérovée soit
sur-toilé. Nous filons toujours à plus de 7 nœuds. Le ciel est bleu, la mer
est calme… Quoiqu’un peu moutonneuse, car, ça continue de souffler de plus
en plus, disons 25 à 30 nœuds. Allez, on enchaîne sur le deuxième ris, et on
roule un peu de yankee. Tout va bien. Le bateau est étonnamment stable, c’est
le grand confort à bord, et ça avance toujours à plus de 7 nœuds. C’est
bizarre que dans ce pays là, on a beau réduire, on va toujours aussi vite…
Le
ciel n’est plus bleu, car il fait nuit. La mer n’est plus calme… Nous
sommes à 5 à 6 heures du cap des Aiguilles. Le vent est stable maintenant à
plus de 35 nœuds avec des rafales à… je ne veux pas savoir! Troisième ris,
et demi-yankee, la trinquette reste en place. Malgré quelques sérieuses embardées,
Mérovée obéit assez bien au pilote électrique. Nous passons le cap des
Aiguilles vers 2 heures du matin. Je reste de quart, de toute façon je ne
pouvais pas dormir. Nicole ne dort pas non plus, nous sommes tous un peu
nerveux. Ce n’est pas tous les jours qu’on passe le cap des Aiguilles et le
cap de Bonne Espérance (anciennement cap des Tempêtes…)
Nous
tenons comme ça jusqu’au matin. Le vent ne faiblit pas, et
la mer grossit. Nous commençons à faire des embardées de plus en plus
violentes. A 11 heures, nous sommes lundi 12, je prends la barre. Comme on
s’habitue à tout, je remets même un ris dans la Grand-Voile et un peu de
yankee. On joue la montre, il nous reste 70 miles jusqu’à Cape Town, à plus
de 8 nœuds, nous devrions arriver de jour. Ici, en ce moment le soleil se
couche à 7H15, et la nuit tombe à plus de 8 heures.
14H00,
émotion à bord, nous passons le Cap de Bonne Espérance. La rencontre de l’Océan
Indien et de L’océan Atlantique, la rencontre également du courant chaud (20°)
des Aiguilles qui descend du canal du Mozambique et du courant froid (8°) de
Benguela qui arrive d’Antarctique et qui remonte le long de la côte Ouest.
Le
ciel est toujours bleu, mais la mer est encore grosse. Mais quel bonheur,
c’est notre récompense ce cap. C’est aussi la promesse de retrouver des
navigations plus « Alizéennes » Ras le bol des fronts Froids !
Un
petit coup de rouge pour fêter ça, le champagne sera pour l’arrivée, et
nous passons… oui, ça y est, nous sommes dans l’ATLANTIQUE. Dix après nous
retrouvons notre océan, même si ce n’est que sa partie sud pour l’instant.
Le vent ne faiblit pas, mais la mer se calme enfin, pour devenir de plus en plus
plate au fur et à mesure que nous tournons autour de la péninsule du cap.
Pour
bien nous faire comprendre qui est le patron ici, nous encaissons quelques accélérations
de vent avant d’arriver à CapTown. Ces vents qui descendent des montagnes,
des vents catabatiques paraît-il, sont d’une violence et d’une soudaineté
incroyable. Les chandeliers iront goûter l’eau quelques fois, mais sur une
mer calme c’est plutôt rigolo. Enfin, ça doit bien rafaler à plus de 50 nœuds….
Tout
ça fait que nous avons un peu traînés. Nous arrivons devant l’entrée du
port à la nuit. Et il est grand le port de Cap Town ! Une dernière rafale
juste à l’entrée, un bon 60 nœuds pile de face ou le moteur poussé à plus
de 3000 tours n’était d’aucune efficacité. Demi-tour, d’abord parce
qu’un gros cargo et son remorqueur rentrait au même moment, mais surtout pour
prendre de l’élan derrière les breakers de l’entrée du port…. Ca
marche, on est dedans. Mais loin encore de la marina du Royal Cape Yacht Club,
à plus de 2 miles, avec un clapot de près de 50 centimètres tout le long de
la route, et qui nous volait dans les yeux à chaque enfournement de Mérovée.
Je ne vous parle pas de la prise de ponton, j’ai ma fierté, disons que c’était
assez « western ». Un bon lasso nous aurait aidé….
La
trinquette écrabouillée au pied de son étai, la grand voile spaghettisée
autour le bôme, nous nous enfermons à bord. On est fatigués, mais le bonheur
est plus grand encore. Ca s’arrose ! Nous sortons une bonne bouteille de
rouge qui accompagnera le merveilleux confit d’oie que nous ont offert nos
amis Axelle et Jérôme quand nous avons quittés La Réunion. Il est minuit,
nous filons tous sous la couette, les rêves seront salés.
A Cape Town, nous jouons les touristes très classiques, La Table Mountain, la route des vins, et un petit tour chez des amis à Simon's Town. Nous profitons des prix étonnamment bas de la nourriture ici pour faire un gros approvisionnement en vue de la traversée de l'Atlantique sud.
Nous devons quitter Cape Town vers le Samedi 24 novembre si la météo le veut bien.. Prochaine escale, Luderizt en Namibie. La, nous avons prévu de quitter le bateau pendant 15 jours pour aller profiter du grand désert du Namib et de la formidable réserve animalière d'Etosha Parc.