MADAGASCAR
Récit de voyage
12
juin 2001 – 15 septembre 2001
MARDI
12 JUIN 2001
09H00
- Départ devant les amis. Temps superbe. Soleil. Vent trop faible. On longe la
cote à 1 mile jusqu'à Saint-Leu avant de faire route. Moteur.
11H00
- On met sous voiles. 1/2 génois tangonné et Grand-voile à 2 ris. On file à
6 Kts, mer belle, grand soleil, route au 322.
18H00 – C’est
le bordel à cause de la convergence. On détangonne, roule le génois, bordé
plat la grand-voile et moteur. Vent nul et mer forte… Le bonheur ! Ca y
est tout le monde est malade, moi presque pas, juste envie de rien faire, merci
au sureptil. Nicole et les enfants n’ont rien pris. Ils vivent allongés !
Pour les quarts, je
prends la première moitié de la nuit, Nicole prend vers 01H00 jusqu’au petit
matin. Les enfants assurent le reste de la journée. Si quelque chose se passe,
pas d’initiative, on m’appelle.
23H00
– C’est reparti à la voile. Toujours 2 ris et génois tangonné. On file 6/7 Kts. Un grain nous arrive dessus RAS.
C’est
la journée la plus dure. Il faut quitter les amis, reprendre contact avec le
bateau qui n’arrête pas de gigoter, Mais qui a appelé ça la Plaisance ?
MERCREDI 13 JUIN 2001
09H00
– Le Point: 19° 42’ 119 S / 53° 56’ 360 E – 135 miles
On
reste sous deux ris. Vent fort 6 / 7 mer agitée, On file 6 Kts.
13H00
- On change d’amure, il pleut, le vent tombe, pas la mer, moteur…. Air connu !
18H00
- On remet à la voile, ça ronfle. 2 ris, génois tangonné.
Ca y est, nous sommes
complètement dans le bain ! Sale temps, Nicole, Tanguy et Marine sont
vraiment malades. Ils n’ont rien voulu prendre avant le départ… J’ai pris
du Sureptil, et je me sens à 90% de mes moyens, c’est la première fois
depuis longtemps, surtout avec une mer comme ça.
Pas
touché aux voiles depuis hier. Vent toujours soutenu, mer agitée, on file
6Kts. Soleil en plus ce matin. L’équipage est toujours malade.
09H00
- Le point: 17°46’ 252 S / 52°30’ 466 E – 142 miles
22H00
– Le vent force, 30/35 nœuds rafales à 40 au minimum, du sud. Ca roule
d’enfer, mais ça avance. L’équipage est toujours malade.
Toujours pareil,
vraiment galère. Il est ou le plaisir là dedans ? Les conversations sont
à base de : « Quand on sera de l’autre coté… » Ca aide !
Tanguy est complètement amariné depuis ce matin. Il est en grande forme. Je
soupçonne Marine d’aller mieux mais de le garder pour elle pour éviter les
corvées. Nicole est toujours malade : donc je continue à faire la bouffe
et la vaisselle… Ben ???
VENDREDI 15 JUIN 2001
Nicole a vu un
cargo vers 5H00, il faisait route vers Mada.
09H00
– Le point: 15° 47’ 758 S / 51° 09’ 503 E – 145 miles
Le
temps est couvert, le vent a baissé, route au 322. on change 2 fois de suite
d’amure, ras le bol !
Changé d’amure dans
le cas présent, c’est roulé le génois, changer le tangon de coté, ôter
les retenus de bôme de la grand voile et tout replacer de l’autre coté. Bon
c’est vrai que ce n’est pas énorme, mais sur un pont en folie, ça corse
l’exercice. D’où ce petit mouvement d’humeur
Je
passe la Grand voile bâbord amure en laissant le génois tangonné lui aussi bâbord
amure. Ca va super, le pilote barre bien, on est confort par rapport aux vagues.
On a un Autohelm 3000
comme pilote électrique. Il a 35000 miles dans les pattes et fonctionne
toujours très bien. Le poids du bateau nous oblige seulement à toujours avoir
les voiles un peu sous-toilées et très bien équilibrées.
La nuit comme ça.
SAMEDI 16 JUIN 2001
La
mer est folle, Ca roule d’enfer. Galère.
10H00
– On se met à la cape courante, sinon on va passer le cap d’Ambre au début
de nuit. On n’a pas le temps d’y arriver avant la nuit. Dérive au 360° à
4Kts. Merci le courant !!! Le vent force encore un peu, il pleut. On est
comme dans un shaker !
Avec
l’expérience, j’ai depuis longtemps renoncé aux arrivées de nuit. Surtout
ici ou il faudra trouver un mouillage parmi les récifs. En plus, le Cap d’Ambre
a une sale réputation, le vent et le courant y lèvent souvent une mer très
forte. C’est pour cela que nous essayons de ralentir, mais avec un courant de
3 à 4 nœuds qui porte au nord ce n’est pas facile. En fait, grâce au vent
du Sud nous aurons une mer plate dès l’entrée du Cap. Il faut un peu de
chance de temps en temps….
20H00
– On remet en route au 315° sous 3 ris et Trinquette. Vent : je ne sais
pas, plus de 40 Kts de sud sûrement. On file à plus de 9Kts sur le fond,
putain de courant…
DIMANCHE 17 JUIN 2001
00H00 – Re-cape. Ca va trop
vite.
04H00 – En
route. Toujours autant de vent, 7 ou plus ? de sud. Route directe sur le
cap. Ca ronfle. On file toujours à plus de 9 nœuds.
07H00
– On passe le phare du Cap d’Ambre à 7H00 pile, le soleil se lève tout
juste mais il fait jour. La mer est correcte, merci pour le vent du sud.
07H15
– Ca y est, on est de l’autre coté. La mer est plate et le soleil est de la
partie. Vent encore rafaleux, mais c’est cool. Café, pancake, le grand luxe,
fini le mal de mer.
09H00
– Le point : 12°03’ 257 S / 49° 05’ 991 E – 135 miles malgré 14
heures de cape.
Total
708 miles en 5 jours pile.
Nous
sommes contents de notre moyenne. Quand nous planifions nos routes, nous partons
toujours sur des prévisions de 100 miles par 24 heures, comme ça nous ne
sommes pas déçus.
20
miles pour rejoindre le mouillage de NOSY HARA – 12° 14’ 066 S / 49° 01’
349 E
10H15
(locale) – On mouille, fin de la première étape.
C’est
le bonheur. Salade à Midi, sieste. Après-midi bricolage ; réparation de
l’éolienne, de l’arrivée d’eau de mer sur l’évier. A découvrir la
fuite d’eau entre le puits à chaîne et la soute à voile, refaire une latte
pour la grand voile, monter les moustiquaires etc…
VENDREDI 22 JUIN 2001
Nous
sommes à Nosy Comba près de Nosy Bé. Déjà 5 jours que nous sommes « de
l’autre coté ». Nous avons un peu traîné depuis notre arrivée à
Nosy Hara. Repos, rangements, pêche, nous n’étions pas pressés de retrouver
du monde… C’est bien de pouvoir se « laver la tête » entre deux
pays, surtout aussi différents de la Réunion et Madagascar.
DIMANCHE 1er
JUILLET 2001
Que
le temps passe vite ! Nous sommes à Madagascar depuis déjà 15 jours !
Et nous commençons seulement à nous sentir en voyage, mais pas encore tout à
fait. C’est toujours comme si nous étions en vacances, des touristes en
vacances. Notre état d’esprit évolue tout doucement.
Pour l’instant nous
occupons plus notre temps à bricoler sur le bateau qu’à faire du tourisme.
Il nous restait plein de petites bricoles à faire, et nous avons prévu de les
terminer en arrivant à Nosy Comba. Finitions de peinture sur le pont, plancher
en petites lattes devant le moteur et tous les petits détails qui restent à
mettre au point pour que navigation et vie à bord soient parfaites. Plus inquiétant,
la fuite d’eau de mer entre mon puits à chaîne et la soute à voile. En fait
j’avais oublié de faire un déflecteur sur le vide-vite du puits a chaîne et
aussi de vérifier l’étanchéité avec la soute à voile. Ce sont des travaux
que j’avais effectués avant de partir, profitant de l’installation d’un
magnifique guindeau électrique pour améliorer les manœuvre sur la plage
avant. Et puis j’avais opté pour l’entorse du gros orteil sur la commande
électrique du guindeau plutôt que le lumbago…. Bref, après avoir fabriqué
un déflecteur en résine sur le vide-vite et colmaté les fuites, tout est
rentré dans l’ordre.
Nos journées se
passent donc entre bricolages et repas à terre chez notre ami Stéfano. C’est
un Italien qui partage son temps entre son métier d’ébéniste à la Réunion
et l’humanitaire dans un petit village de Nosy Comba : Antintoro.
Depuis 12 ans, soutenu par la croix rouge Italienne (pour les médicaments
seulement), il essaye d’améliorer les conditions de vie des habitants du
village. Il a d’abord nettoyé et structuré le village lui-même, installé
pas moins de 17 fontaines pour distribuer l’eau de la rivière à tous les
groupes de cases. Construit une école (officiellement reconnue par le
gouvernement malgache depuis cette année) et il finit actuellement un
dispensaire…. Rien que ça. Pour compléter le tableau, sachez que les jeunes
du village qui travaille avec lui sont rémunérés avec ce qu’il a gagné en
travaillant à La Réunion !
Ce qui est
remarquable, c’est qu’il ne s’agit pas pour lui de donner aux habitants du
village, mais d’apprendre à faire. Les décisions des grands travaux sont décidées
en réunion publique avec l’accord de l’ensemble de la communauté. Pour
preuve, les travaux continuent d’avancer même lorsqu’il n’est pas là.
Alors si le cœur vous en dit, et que vous ne savez pas ou passer vos vacances,
vous pouvez toujours venir lui donner un coup de main. Mais attention, ne faites
pas comme cette soit disant association de « voile sans frontière ».
Ils se sont fait héberger et nourrir à ses frais pendant un mois et demi sans
rien faire ni apporter, même pas les panneaux solaires pour lesquels ils étaient
là. C’est Mérovée qui les a apportés avec pleins de médicaments, don
d’organisations réunionnaises. Sinon, tous ces dons sont confisqués par la
douane et revendus…. Bonjour l’ambiance.
Mérovée est au
mouillage au fond d’une petite baie tranquille. La baie Baramahamaye sur la
grande terre, un peu au sud de Nosy Iranja. Les enfants bricolent dans le carré,
Nicole bouquine, et je suis installé dans le cockpit, l’ordinateur posé sur
la table. Le soleil commence à disparaître à l’horizon et les sommets
commencent à prendre une jolie teinte rosée. Même notre chatte Grizouille,
les pattes repliées sous le corps, semble apprécier cet endroit.
Il faut dire que c’est plus reposant qu’hier !
Depuis notre arrivée,
nous sommes restés un peu scotchés à Nosy Comba. Il fallait quand même
qu’on se remette du départ. Après les formalités douanières et quelques
courses au marché d’Hell-Ville sur Nosy-Bé, nous avons commencé à promener
notre ancre dans les mouillages aux alentours.
Retour en arrière :
Direction Tany-Kely,
C’est une toute petite île à 5 miles de Nosy-Bé. C’est la destination
principale des pirogues et bateaux à moteur qui promènent les touristes des hôtels
environnant. La pêche est interdite, il y a donc beaucoup de poissons et les
fonds coralliens sont de toute beauté, et comme ils sont à peine à 1 ou 2 mètres
de fonds les couleurs sont superbes. On mouille par 10/12 mètres de fond devant
une petite plage de sable blanc. Sur celle-ci d’immenses tables sont dressées
sous les arbres pour le pic-nique des touristes.
Des vendeurs proposent coquillages et autres souvenirs… bon on retourne
sous l’eau !
Cap sur Nosy Iranja.
Un guide touristique édité à Madagascar la qualifie de plus belle île du
monde, rien que ça ! Je me demande si ce guide n’a pas été écrit par
le propriétaire de l’hôtel qui occupe depuis peu la partie la plus belle de
l’île. Mai bon, ce n’est pas grave, cela a donné du travail aux quelques
villageois qui vivent là, et l’environnement à été respecté, c’est le
principal.
Les deux îlots qui
constituent Nosy Iranja sont reliés par un grand banc de sable blanc, du plus
bel effet lorsque la mer monte et recouvre partiellement cette langue de sable.
Si en plus le soleil couchant est de la partie, alors c’est vrai que c’est
beau ! Malheureusement ce mouillage n’est pas conseillé la nuit, à
l’inversion de la brise il devient très inconfortable, et il vaut mieux se
replier sur la baie de Baramahamaye à 7 miles plus au sud, sur la grande terre.
Nous débarquons dans un calme étourdissant. On est bien. Nous devions juste
rester pour la nuit ; on vote, c’est une habitude du bord pour décider
des changements de programme. 2 voix pour rester, 1 contre et une abstention.
Parfait : d’une simple escale nocturne, Baramahamaye va devenir l’un de
nos mouillages préférés. La dernière fois que le bateau était aussi au
calme, c’était dans la marina de Saint-pierre de la Réunion… et encore,
ici il n’y a pas un bruit !
Il y a un petit
village sur la rive. On y va. Nous sommes reçus avec réserve. Quelques bateaux
charter passent par-là, et leurs occupants n’ont pas toujours l’attitude
qu’il convient. Je ne trouve pas très sain de faire de la pauvreté et du dénuement
un plaisir touristique. Seul l’instituteur parle français. Il nous fait découvrir
le village. A part l’école, il n’y a rien ici. Pas de dispensaire, ni même
quelqu’un qui puisse soigner. En cas de besoin ils sont à plus de 8 heures de
pirogue de Hell-Ville, si le vent le veut bien. Nicole fait l’infirmière,
mais nous manquons de médicaments, l’école aussi manque de cahier et de
crayon. C’est décidé, on repasse chez Stéfano à Nosy Comba faire un plein
de médicament et on revient !
Au mouillage, les
habitants du village viennent nous voir et demande à échanger du miel, des
bananes ou bien des crabes de palétuviers. Ces derniers sont un régal. Il faut
laisser la vase coller sur leur carapace tant qu’on ne les cuisine pas. Cuit
au court bouillon et mangé nature, c’est un régal… On a raté un
magnifique cuissot de phacochère, enfin on n’a pas osé. La viande était posée
au fond de la pirogue, la traçabilité n’était pas affichée…. !!!!!
On se rattrapera.
Direction Nosy Randama.
25 miles plein sud et nous y serons. Brise de terre force 5, Mérovée a toute
sa toile, je barre et nous filons à plus de 7 nœuds. C’est bien la voile.
Soleil, mer plate…. C’est aussi ça la plaisance.
Nous mouillons dans 10
mètres d’eau devant l’île la plus sud. On nous a renseigné ce mouillage
comme un des plus tranquille. On verra plus tard qu’il faut se méfier des
renseignements donnés par les propriétaires de catamaran…. Vers 14H00 la
brise de mer s’établit à environ 20/25 nœuds, bravo. On décide d’aller
à terre regarder le bateau jouer les cabris sur l’eau. En fin de journée le
vent se calme et nous rentrons à bord. C’est mieux. Dîner sans problème et
au lit. Vers 2H00 du matin, ça recommence, mais dans l’autre sens cette fois.
On ne dort plus. A 6HH00 nous levons l’ancre et nous
retournons dans notre petite baie si tranquille de Baramahamaye.
Nicole en profite pour aller voir les malades qu’elle a tentés
d’aider, ils vont mieux. On est bien là. Les visages des habitants du village
ont changé vis à vis de nous. Je pense qu’ils ont compris qu’on n’était
pas là seulement pour distribuer
des bonbons et prendre des photos.
Nous sommes toujours à Baramahamaye. On n’arrive plus à partir. Il
est 3HOO de l’après-midi ce jour là. On frappe à la coque du bateau. Trois
hommes à bord d’une pirogue nous propose d’acheter un phacochère. Fort de
notre expérience, ce coup ci nous ne le raterons pas.
Affaire est faite pour 100 000 F malgache, non sans avoir marchandé comme il se
doit par respect pour le vendeur. Nous voilà donc partis sur la plage pour
estourbir l’animal. Les cris éloquents du bestiau nous avertissent que ça ne
va pas aller tout seul. Nos piroguiers décident de tuer l’animal pour nous
bien qu’il soit « fadi », c’est à dire interdit à la
consommation pour eux.
Donc, couic! le
cochon. Bon et maintenant ? Manifestement nos trois chasseurs sont content
d’eux et attendent leur dû. Ah ! Alors pour eux c’est fini ? A
nous de découper nos gigots… Et ben : on va rigoler. Après plusieurs
aller et retour à la mer pour nettoyer nos erreurs de découpe,
les morceaux sont dans un seau et nous rentrons au bateau. Coté cuisine
c’est un peu la découverte aussi. Nous n’avons aucune expérience du
gibier. Nous sommes meilleurs en
poisson cuit, cru ou séché, mais la, c’est nous qui séchons.
Aller, ce soir on
essaye les côtes au barbecue. Ce n’est plus de la nourriture, c’est de la
musculation de mandibule. Bon on va faire mariner un cuissot. Un second va être
cuit à la cocotte pour l’attendrir, et les deux autres placés dans la
saumure pour attendre. Et là, malgré un goût très fort et surprenant, nous
nous sommes régalés. Enfin, je dois avouer que le cuissot faisandé nous a un
peu fait peur…
Nous sommes de retour
à Hell-Ville. Nous attendons la sœur
de Nicole et son mari qui viennent passer trois semaines avec nous. Durant leur
séjour, nous leur faisons découvrir les petits mouillages tranquilles qui nous
ont tant plu, nous passons également quelques temps à Nosy Comba, et surtout,
nous partons sac au dos à l’aventure sur la grande terre.
Nous adorons nous échapper du bateau et prendre la mesure du pays par
l’intérieur. Nous visiterons successivement le parc de l’Ankaréna, et
celui de la montagne d’Ambre. Le premier Chaud et sec, le second froid et
humide. Camping, bivouac dans la forêt, feu de camp, tout cela nous a changé
des mouillages rouleurs des environs de Nosy-Bé. Les transports aussi sont
surprenants. Le taxi brousse est une aventure qu’il faut avoir vécue. Nous
nous sommes retrouvés à 12 dans une 504 commerciale. Bon pourquoi pas, tout
cela en tournant et virant dans la ville pour trouver des clients et remplir le
taxi. En plaisantant, je dis qu’après en avoir encore trouvé 3 on pourra
partir. Non, je me suis trompé : on a rechargé 5 personnes, et c’est à
17 plus le chauffeur qu’on a pris la route…. !!!!
Le beau-frère et la
belle-sœur, pas trop habitués à
ce genre de tourisme auront quelques bonnes histoires à raconter autour du feu
cet hiver.
Après quelques
aller-retour entre Nosy-Comba et Hell-Ville, nous prenons la direction des
Mitsiu, à 4O miles au nord-ouest de Nosy-Bé. Comme d’habitude, nous ferons
la route pratiquement au moteur faute de vent. Et de toute façon, quand le vent
souffle, on l’a dans le nez… Air connu !
Nous mouillons après
6 heures de traversée dans la petite baie de Maribé par 10 mètres de fond. Un
petit peu de houle du large rentre histoire de ne pas faire mentir ceux qui
disent que les mouillages sont rouleurs. Cette île est très aride, herbe brûlée,
yucas et quelques palétuviers le long des plages. Ils y ont plusieurs village
tout autour de l’île, et certains sont très habitués aux bateaux charter et
touristes venu du grand hôtel de l’île de Sarabajin toute proche. On évitera.
Nous retrouvons là
« Le rebelle » avec Lionel, Yamilé et Hélène que nous
recroiserons sûrement tout au long de notre périple puisqu’ils se rendent en
Guyane. Nous serons rejoints plus
tard par Faham, sloop en acier récemment acheté par un ami pharmacien, et qui
fait ses premières expériences de
circumnavigateur, quelque fois dans la douleur. Mais ses histoires agrémentent
les longues soirées au mouillage.
Durant les quelques
jours passés ici, nous occupons nos journées à préparer les repas du midi et
du soir. D’abord la collecte de la nourriture. Aller chercher des poissons en
pêche sous-marine est le plus simple. Marchander chèvres, canards ou poulets
au village représentent déjà
plus de difficultés, mais le jeu en vaut la chandelle. Nous allons garder
longtemps en mémoire la délicatesse d’un petit chevreau cuit dans les fours
respectifs du Rebelle et de Mérovée et que nous avons ensuite dégusté avec
recueillement.
7 heure du matin.
J’ai rendez-vous au village voisin pour y chercher un petit biquet. Il va
faire les délices de Stéfano que nous retrouvons ce soir à Nosy Comba. A 8
heure cuissots, cotes et abats sont dans un seau dans la cuisine du bord. On lève
l’ancre et en route pour 40 miles …. de moteur ! Il fait beau, trop
beau : il n’y a pas un poil de vent.
JEUDI 30 AOUT 2001
Nous avons quitté
Nossi-Bé hier matin, et Nossi-Comba la veille.
Je
ne voudrai pas m’appesantir sur les départs, mais c’est toujours pénible.
Je crois cependant que c’est le prix à payer pour le bonheur de ces
rencontres.
On
est là, on tourne en rond, on programme le départ au moins 3 ou 4 fois avant
de réellement se mettre en route. Si la brise n’est pas dans le bon sens,
alors là, c’est le bonheur… On peut carrément gagner 8 jours. Et puis un
matin le calendrier vous tombe sous le nez, et là, on a plus le temps de rien.
C’est pratique. Le départ est noyé dans le retard, et ça dilue la peine…
Le seul moyen
d’éviter ces moments douloureux serait de rester cloîtrer dans le bateau, et
de ne voir personne. Ou bien de se murer dans un mutisme désarmant toute
tentative de communication. Ce serait dommage. Pourtant on en connaît « des
comme ça ! ». Ce sont souvent les mêmes qui vous expliquent que le
coin ne vaut pas le coup, qu’il faut tout fermer parce-qu’il y a des vols,
etc.…
Nous sommes de
retour à Baramahamaye. C’est pour l’instant notre mouillage préféré,
nous vous en avons déjà parlé. Seulement là, c’est différent, nous sommes
sur la route pour Durban. Nous sommes en « escale ». Nous avons
acheté des crayons et des cahiers pour Benoît, l’instituteur du village.
Mais manque de chance il est parti. On n'arrive pas à savoir exactement ou il
est, ni s’il reviendra. Nous hésitons à donner nos cahiers et nos livres à
n’importe qui. Tous semblent avoir oublié notre passage d’il y a un mois. Même
ceux et celles que Nicole a soignées. Ambiance bizarre, les échanges sont fait
sous le régime de la méfiance, les gosses qui pourtant n’ont rien à se
mettre sur le dos ne récupérerons pas les vêtements que nous apportons.
L’attention pour en vérifier l’état confirme les bruits qui circulent, à
savoir qu’ils sont revendus à Hell-Ville. Pour cela il faut qu’ils soient
le plus neuf possibles. C’est pour ça que dans certains villages pollués par
les touristes, la misère est savamment entretenue et montrée. Comme ça le
wasa donne plus facilement !
Je relisais un
article paru dans Loisirs nautique il y a 15 ans et écrit par le voilier Ariès.
Il y parlait d’un petit village sympa à Nossi-Comba….. C’est Ampangourine,
un village qui reçoit beaucoup de touriste, et également les chaloupes de
croisiéristes dont les paquebots sont ancrés dans la baie. Et bien, la majorité
des habitants de ce village est d’une agressivité incroyable si vous leur
refusez quoi que ce soit. L’autre jour, une gamine de 10 ans environ demande
à Nicole :
-
« Donnes bonbon…
-
« Je n’ai pas de bonbon…
-
« Donnes argent alors….
-
« Non, as-tu quelque chose à vendre ?
-
« Non, aller ! donnes T-shirt… (là, le
ton monte)
-
« Non je n’ai que celui que je porte…
-
« Alors donne ton sac !
-
« !!!!!!!
La gamine s’en
va en parlant malgache, on préfère ne pas savoir ce qu’elle dit.
Même les singes
sont agressifs, plusieurs personnes se sont fait mordre parce qu’ils ne
voulaient pas donner leur banane. Pour ces singes, la cueillette se fait
maintenant dans les mains des touristes….
Le contraste est
saisissant si l’on sort des sentiers battus et qu’on s’éloigne des
parcours à touristes. Les villages deviennent plus propres, les gens plus
souriant quoique toujours méfiant mais l’atmosphère se détend généralement
assez vite.
Qui est
responsable ? Je crois qu’on l’est tous un peu. On vient à Mada parce
que c’est beau, mais pas seulement. Aussi parce que ce n’est pas cher (et
encore c’est à voir) . Alors le pays qui n’a rien à espérer
s’adapte. Puisque la pauvreté devient objet de tourisme, tu vas en voir du
pauvre, mais toi, tu vas donner !
Et bien, des fois
on veut bien, mais des fois ça gonfle.
Bon, aller, il
est temps de re-naviguer. Ca ne va pas de philosopher…..
jeudi 13
septembre 2001.
Nous sommes à
Majunga depuis mardi matin. Mardi 11 septembre. Nous n’avons pas pour habitude
de sauter sur la radio pour écouter les informations. Ce n’est donc que
mercredi matin que nous avons appris…. On a montré des photos aux enfants
lorsque nous étions passés en bateau devant les tours…
Alors, je vous
jure que j’ai pas vraiment la tête à raconter….
Pourtant, on a
trouvé un cyber café ici, alors j’en profite. Notre dernier long arrêt a été
dans la baie de Moramba à 90 miles au sud de Baramahamaye. 14° 54’ 68 Sud et
47° 16’ 28 Est. C’est une petite baie dont l’entrée est cernée par des
roches coralliennes ressemblant à celles que l’on trouve dans la baie de
Phang-Na en Thaïlande. Très joli. Le mouillage est super calme, bien protégé
de tous les vents. Nous y sommes restés 8 jours, partageant notre temps entre
le bricolage sur le bateau, l’école pour les enfants et la balade.
La balade dans ce
genre d’escale est à double but. Bien sur le plaisir de la promenade, mais
aussi la recherche de nourriture locale. Soyons honnête. C’est quelque fois
l’unique but et occupation de la journée : trouver sa pitance, et
ensuite la préparée, pour enfin délice suprême la savourer. Si en plus ce
plaisir peut être partagé avec d’autres bateaux de rencontre, c’est le
bonheur total.
Nous avons ainsi
découvert un village tout au fond de la baie. Le contact a tout de suite été
chaleureux. Après la visite du village, ou nous avons découvert une école en
dur, un petit dispensaire également construit en parpaing, nos avons entamé
les palabres pour l’échange. 2 magnifiques poulets bien gras contre des
habits, des chaussures, des cartouches de fusil de chasse ou des leurres de pêche.
Un moment sympa ou à la fin chacun repart content avec ses trésors. On termine
ça devant une THB (bière locale). Pas de frigo, donc elle est un peu chaude,
mais bon : vaut mieux une bière chaude qu’un verre d’eau froide….
Très peu de
voiliers passe par-là. Il n’y a guère que ceux qui sont en partance pour le
sud, mais surtout pas de charter… Oui je sais, vous me voyez venir. Et bien
justement, la différence est criante. On sent que ce village vit normalement,
travaille, gère ses revenus qui proviennent de sa production de farine de
manioc, de fil de raphia, de riz. Les gamins sont bien nourris, vous crie
« Bonjour wasa. » Mais sans tendre la main et réclamer bonbons…
Ici la vie est différente mais pas miséreuse. Nous sommes contents de passer
du temps avec les gens de ce village.
Nous sommes à 80
miles de Majunga. Nous ferons cette route en deux fois, de jour, avec un petit
stop (houleux) dans la baie de Mahajamba. Navigation de rêve : vent de
sud-est 15/20 nœuds venant de la terre, donc mer plate, le midi le vent passe
à l’ouest sans forcer jusqu’au soir. Tout dessus Mérovée file 6 à 7 nœuds
dans un calme étourdissant… Ca c’est de la voile !
Appro complète
ici à Majunga ou Mahajanga c’est comme on veut. Les prix sont en général 20
à 30% moins cher qu’à Hell-Ville. Personne ne vous accroche pour vous forcer
à acheter quoi que ce soit ou à monter de force dans un taxi. Que c’est
reposant…
C'est maintenant l'heure du départ pour L'Afrique du Sud. 1500 miles environ nous séparent de Durban....Fronts Froids, courant des aiguilles.... Cela devrait être intense!